Le 17 mai 2006, après un rocambolesque remorquage autour de l'Afrique, le porte-avions « Clemenceau » - désormais appelé Q 790 par une Marine nationale excédée d'être ridiculisée par un dossier qu'elle ne contrôle pas - échoue à Brest.
Deux ans après ce retour peu glorieux, et alors que le maire François Cuillandre avait obtenu de Michèle Alliot-Marie, à l'époque ministre de la Défense, que le porte-avions soit parti pour juillet 2008, date du traditionnel rassemblement des vieux gréements, le « Clem » continue de « pisser la rouille ». Un peu plus chaque jour.
« L'appel d'offres pour le démantèlement du " Clemenceau " aurait dû être attribué. Lorsque j'ai rencontré Hervé Morin, ici à Brest en décembre dernier, à l'occasion du départ de la " Jeanne d'Arc ", il m'a affirmé que tout serait fixé pour février ou mars. Depuis, je n'ai pas d'information » déclare un François Cuillandre fataliste.
A la Délégation à l'information et à la communication de la Défense (Dicod), l'enseigne de vaisseau Sophie Platon, chargée du dossier du démantèlement du « Clemenceau », reconnaît « un retard dans le calendrier prévisionnel ». Et d'expliquer : « C'est un dossier technique. Le premier de ce type qu'on traite. Tout est passé au peigne fin. Tout est fait pour que la procédure, à laquelle cinq candidats (1) ont répondu, aille à son terme ». Chat échaudé craint l'eau...
Pas un cas isolé
Mais le « Clemenceau » n'est pas le seul bâtiment de la Marine à attendre d'être démoli. Qu'ils servent - parfois depuis des années - de brise-lames, ou de « magasins » de pièces de rechange pour des bateaux naviguant encore, vingt-six autres coques, actuellement retirées du service actif, sont promises, à plus ou moins long terme, au démantèlement.
C'est le cas de l'aviso-escorteur « Cdt Rivière » (entré en service dans les années 1960), du bâtiment de débarquement de chars « Argens » (entré en service à la fin des années 1950) et du bâtiment de soutien santé « Rance » (entré en service au début des années 1960), tous condamnés depuis au moins dix ans, mais qui, en attendant de disparaître par le feu des chalumeaux, sont utilisés comme brise-lames à l'école de plongée de Saint-Mandrier. Après des années d'inaction, les choses sont cependant en train de changer. Le dossier du devenir des navires de guerre désarmés s'accélère enfin.
Ainsi, la démolition du « Lucifer », une frégate de la Seconde Guerre mondiale échouée sur la plage de Querqueville (Manche) depuis quarante ans, a débuté le 19 mai. Quant au « Sahel » (coque n° Q623), ancien ravitailleur utilisé pendant vingt ans comme centre d'entraînement à la sécurité par les marins-pompiers de Marseille, et qui avait coulé à l'été 2007, son démantèlement a commencé le 5 mai dernier. Les pitoyables avatars du « Clemenceau » n'auront finalement pas été vains.
1. Sur les cinq candidats à la déconstruction du « Clemenceau », dont la Dicod refuse de donner l'identité - « par respect du code des marchés publics » - trois n'ont pas fait mystère de leur intérêt pour un chantier qui pourrait s'avérer... juteux. Il s'agit du belge Galloo Recycling, de Véolia Propreté et de Sitia, filiale du groupe Suez. Pour les deux autres, les noms d'Able UK et de Simont, respectivement situés à Hartlepool et Naples, circulent.
Var-Matin