C'est au moins le souvenir collectif d'une voiture engluée sur l'autoroute des vacances et d'une famille qui passe en revue les départements de France : « 01 ? L'Ain. 02, Euh... tu sais toi ? » C'est certainement un stéréotype tenace, le préjugé du conducteur pestant contre son voisin d'asphalte : « Encore un 75, ça ne m'étonne pas, ils roulent n'importe comment. » Mais c'est aussi une époque révolue.
Hier, le gouvernement présentait en effet un nouveau système d'immatriculation des véhicules, sur lesquels n'apparaîtra plus le numéro du département. De quoi filer des plaques à la France profonde... Et voir 169 parlementaires protester, vent debout contre l'abandon de cette référence au département, « un patrimoine français » selon eux.
Un lien important et un outil pédagogique
Ils se sont d'ailleurs réunis dans le collectif « Jamais sans mon département », où figurent deux Varois, le député Philippe Vitel (UMP) et la sénatrice Christiane Hummel (UMP). Le premier s'est déjà fait photographier sur les marches de l'assemblée, portant haut une plaque d'immatriculation à son nom et frappée du numéro 83. « Nos compatriotes sont attachés à leurs racines, le numéro du département est un lien important », explique-t-il. C'est aussi, selon lui, un outil pédagogique : « On a tous appris un peu mieux la géographie en lisant sur les plaques avec nos parents. »
Alors, « il est important de conserver la référence géographique du département. C'est une reconnaissance de l'identité française », estime Christiane Hummel.
Au feu rouge, où l'on s'ennuie souvent, la nostalgie minéralogique se fait aussi entendre. « Il faut absolument garder les numéros, prévient Sylvie. J'habite ici depuis vingt ans, mais je me réjouis toujours de croiser un 22. Cela me ramène un peu à la maison, dans les Côtes d'Armor. »
Hier, la voiture d'Anne-Marie, achetée d'occasion à Lyon « n'était d'ailleurs pas encore vraiment la [sienne] ». « Elle le deviendra seulement quand je serai en 83 », s'impatientait-elle, au moment de faire changer ses plaques, devant la petite camionnette installée en bord de route.
« Nous, on va mourir »
Le patron des lieux depuis seize ans, Alain Patriarche, ne s'amuse d'ailleurs plus du tout de ces débats. Et sa colère n'a rien à voir avec la nostalgie désuète et amusée des automobilistes. « Cette décision menace des emplois, prévient-il. Si l'on ne doit plus changer les plaques lorsque l'on achète un véhicule ou que l'on change de département, nous, on va mourir. »
Le nouveau système d'immatriculation prévoit en effet d'affecter une immatriculation à vie à chaque véhicule. Sans y être contraints, les propriétaires pourront toujours y faire figurer, à la marge, le numéro de leur département.
« Ils mettront des autocollants, devine Alain Patriarche. Et pour nous ce sera fini. » Oubliés les 83, 06, 13, 2A, 2B à qui chacun prêtait des habitudes de conduites ou des caractères supposés.
Certains n'en sont toutefois pas mécontents. « Au moins, on pourra se garer dans n'importe quelle ville de France sans risquer de se faire rayer la voiture », apprécie Michel.
L. R.
Var-Matin




